Montreuil : un budget de régression et d’injustice

Montreuil budget 2016 agents municipaux

Lors du débat d’orientation budgétaire qui s’est tenu il y a plus de deux mois, nous dénoncions déjà les nombreux flous et habillages de circonstance qui se préparaient pour le futur budget. Nous étions encore loin de la réalité, telle qu’elle fut dévoilée lors du conseil municipal du 6 avril avec l’examen du budget 2016.

A peine présentés, les choix budgétaires suscitent déjà la colère. Et on le comprend !

Les agents municipaux, qui connaissaient déjà les grands arbitrages budgétaires avant qu’ils ne soient présentés publiquement, se sont massivement mobilisés pour faire entendre leur voix lors du conseil municipal, et dénoncer la régression sociale et les attaques contre le service public en germe dans ce budget. Nous reviendrons sur ces revendications dans un prochain texte.

A n’en pas douter, leur colère sera relayée dans les prochains mois par les parents d’élèves, les acteurs associatifs et culturels, les patients des centres de santé, et les habitants attachés à leur cadre de vie.

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Montreuil connaît des baisses de dotations, c’est incontestable. Mais ce n’est pas la seule ville dans ce cas.

Pétition, affichage publicitaire, matraquage dans le bulletin municipal… depuis des mois Patrice Bessac répète aux Montreuillois que « l’Etat nous doit 12,5 millions d’euros« .

Hier soir, tranquillement, le maire a doublé ce chiffre, décidant que finalement l’ardoise s’élevait désormais à 25 millions d’euros. A ce rythme, on sera au milliard avant la fin du mandat ! Même ses partenaires ont dénoncé l’exagération.

Un budget, c’est l’expression de choix politiques.

Souvenons-nous que ces derniers mois, la municipalité a fait par exemple les choix suivants :

  • Changer l’éclairage de la façade de la mairie (200.000 €),
  • Mettre à jour le site internet (200.000€),
  • Poser des enrobés sur les pieds d’arbre (600.000€),
  • Payer une prestation de communication et de conseil éditorial pour le bulletin municipal (200.000€),
  • Créer des postes de collaborateurs politiques pour les groupes d’élus (200.000€).

Sans compter les dépenses de communication cachées dans le budget (révélées il y a quelques mois par un tract des agents de ce service), la fête du Vietnam (combien ?), le sondage récent pour mesurer la popularité du maire avant les élections législatives (au moins 20.000 euros), le licenciement sans fondement de la rédactrice en chef du journal municipal (coût pour la ville 35.000 €), etc.

Dans le même temps, cette municipalité a fait le choix…

  • de réduire les plages horaires des centres de loisirs pour accueillir les élèves montreuillois,
  • de ne pas remplacer des dizaines de postes dans les crèches, dans les centres de loisirs, dans les centres de santé, à la propreté des bâtiments, dans les services généraux…
  • d’augmenter l’ensemble des tarifs d’accès au service public : culture, sport, éducation, même les tarifs du stationnement ont explosé !

Cherchez l’erreur…

Des recettes incomplètes ?

Bagnolet, ville trois fois moins grande que Montreuil et avec des ratios financiers bien plus inquiétants que les nôtres, a réussi à obtenir cette année dans le cadre du plan d’investissement local, des financements à hauteur de 850.000 euros. A Montreuil, on n’a rien vu. La faute de l’Etat ou la faute de Monsieur Bessac et de ses élus qui n’ont pas déposé de dossier ?

Et pourquoi passer sous silence :

  • les 680.000 euros de dotations supplémentaires via le fond des maires bâtisseurs,
  • les 500.000 euros du Fonds de Pérequation des ressources intercommunales et communales,
  • les 3 millions de recettes nouvelles d’impôts et taxes pour 2016,
  • ou encore les 650 000 euros de recettes exceptionnelles ?

Pourquoi la ville de Montreuil tarde-t-elle à recouvrer les 400.000 € que l’AFUL lui doit ?

Quelles priorités en 2016 ?

On nous dit que l’éducation et l’enfance sont une priorité du mandat. Et pourtant, leurs budgets, loin d’être sanctuarisés, seront amputés de 800.000€ cette année.

Une énorme coupe budgétaire donc, dans un secteur où la situation est déjà très préoccupante. L’annonce de l’ouverture du futur groupe scolaire Marceau pour la rentrée 2018, c’est-à-dire dans deux ans, est évidemment une annonce de com’, une de plus.

Le budget de rénovation des écoles et des centres de loisirs est largement au-dessous de ce qu’il devrait être et on risque de revoir fleurir les préfabriqués en nombre. Voilà qui annonce de bien difficiles conditions de travail pour les élèves et les enseignants.

Deuxième priorité nous dit-on : la jeunesse. En lisant le budget, ce n’est pas flagrant, puisqu’il dévissera de 200.000 € en 2016.

Et si on lève le nez des documents budgétaires pour regarder l’état du service, on constate depuis deux ans que la dynamique a été cassée : contrats non renouvelés, baisse très significative du budget de fonctionnement, baisse des offres pour le jeune public…

Ca y va aussi à la tronçonneuse dans le budget de la solidarité. Qu’à cela ne tienne, près de 800 000 euros en moins, dont 450 000 euros en moins pour le seul CCAS.

L’habitat et l’urbanisme n’y échappent pas, 790.000 euros en moins.

La culture (187.000 euros en moins) n’est pas épargnée, pas plus que la santé (-340.000 euros) ou la vie des quartiers (-150.000 euros).

Quant au cadre de vie, à l’environnement et à l’entretien des espaces publics, le budget 2016 sera amputé de 490.000 euros soit une coupe de 50% par rapport au budget 2015.

Une gestion financière hasardeuse et alarmante

Pour la première fois à Montreuil, une ligne de trésorerie d’investissement de 8 millions d’euros va être utilisée pour du crédit à très court terme, donc en partie pour du fonctionnement. Il n’y a donc plus d’économies réelles structurantes et désormais l’autofinancement est inférieur au capital de la dette de Montreuil (9 millions contre 19 millions pour le capital de la dette).

A Montreuil du budget d’investissement utilisé jusqu’ici pour des projets structurants sera désormais utilisé pour du fonctionnement donc des charges courantes. Cette décision est grave, dangereuse et la preuve que la gestion financière de Montreuil va devenir alarmante.

Enfin, environ 29 millions d’euros d’investissements budgétés n’ont pas été dépensés en 2015. Malgré cela, la ville a quand même emprunté 16 millions d’euros l’an dernier. Allez comprendre !

C’est la double peine pour les Montreuillois : l’endettement de la ville augmente et la ville désinvestit. Attention danger !

La mascarade de la baisse des indemnités

Pour la 5e fois depuis le début du mandat, Patrice Bessac présente une délibération relative au montant des indemnités des élus de sa majorité.

Cette fois, c’est une proposition de baisse de 5% (pourquoi  pas 10% ou 20% ?).

La majorité tente un coup de communication sur cette baisse, mais la farce est amère.

La vérité, c’est qu’en arrivant au pouvoir en avril 2014, l’indemnité des maires, maires-adjoints et conseillers municipaux délégués a grimpé de 54% sous Bessac par rapport au mandat de Voynet à la même époque !

Alors la baisse de 5%, c’est une simple plaisanterie !

Le maire ayant contesté notre dénonciation, nous publierons les comparatifs dans un prochain billet sur ce blog et vous jugerez alors par vous-même qui dit vrai…

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Le maire a regretté que les oppositions dénoncent les choix budgétaires sans en proposer d’autres. Un argument politicien assez souvent utilisé, mais qui ne tient pas, quand on sait que ce maire n’a laissé que 4 jours aux élus d’opposition pour prendre connaissance des documents budgétaires (310 pages des tableaux de chiffres).

Quatre jours, alors qu’il a fallu 14 mois à son équipe, aidée de l’administration, pour construire ce budget. La mauvaise foi de Patrice Bessac et de ses alliés est confondante.

C’est sans aucune hésitation que nous avons voté contre ce budget bancal, injuste, insincère et surtout dangereux pour l’avenir de notre commune.

2 Commentaires

  1. Anonyme 8 avril 2016 Répondre
  2. Anonyme 10 avril 2016 Répondre

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