Finances de Montreuil : pourquoi ça dérape ?

icono-dossierLors du dernier Conseil municipal, une décision modifiant le budget d’environ 15 millions d’euros (15.195.766,58€) a été présentée au vote des élus. C’était l’occasion pour Elire Montreuil, par la voix de Mouna Viprey, de revenir sur certains points surprenants. Une occasion limitée toutefois puisque le maire a décidé de couper le micro de notre élue en pleine intervention, l’empêchant ainsi de poursuivre son argumentation. Désolante pratique…

Curieusement, la majorité municipale dans sa présentation a semblé vouloir amoindrir l’ampleur des nouveaux choix budgétaires qu’elle faisait. En effet, elle n’annonçait que 2,3 millions d’euros de dépenses réelles supplémentaires, alors que la réalité est toute autre.

Depuis le vote du budget prévisionnel 2014 (en décembre 2013), la ville a bénéficié de recettes nouvelles. C’est une situation tout à fait normale, toutes les confirmations de subventions ne tombant pas avant le vote du budget prévisionnel.

Dans cette délibération, ce sont  donc 4,2 millions de recettes nouvelles que la nouvelle équipe s’est empressée de dépenser immédiatement et intégralement en dépenses fonctionnement. Par ailleurs, quelque 3 millions initialement budgétés pour de l’investissement (et non encore utilisés) ont été finalement mobilisés pour régler des dépenses courantes.

Ainsi, le groupe scolaire Boissière-Acacia (qui prend du retard…) se voit dépouiller de son enveloppe non consommée (1,3 million d’euros au budget prévisionnel) pour régler des dépenses courantes. Lorsque l’on connaît le décalage entre les besoins en locaux pour accueillir les élèves et le retard pris ces dernières années dans la construction d’écoles, utiliser de l’investissement prévisionnel pour l’éducation et le réorienter vers des dépenses du quotidien, ce n’est pas très responsable.

En réalité, après 8 mois de gouvernance par la nouvelle équipe, ce sont plus de 7,2 millions d’euros supplémentaires qui ont été affectés à des dépenses de fonctionnement, dont 3 millions dépensés en charges aux intitulés abscons (« charges à caractère général », « autres charges de gestion courante » ou « charges exceptionnelles »).

Le plus surprenant réside dans l’explosion de la masse salariale qui en quelques mois s’alourdit plus de 4,2 millions d’euros. Etrange, surtout quand on connaît la situation de l’administration municipale, les manques de postes criants, les conditions de travail déplorables des agents (notamment dans les écoles où les amplitudes horaires ont augmenté sans contrepartie) et les faibles niveaux de rémunération pour la plupart des agents.

Difficile de mettre ça uniquement sur le dos de la réforme des rythmes scolaires. La ville de Montreuil comme toutes les villes de France reçoit de la part de l’Etat une subvention par enfant pour les activités péri-scolaires qui a été utilisée par la mairie pour payer les animateurs nouvellement embauchés.

Comment expliquer alors une telle explosion des dépenses en personnel, tandis qu’il est demandé aux services de la ville de travailler sur des baisses de crédits d’au moins 10% et que les recrutements sont bloqués ?

Est-ce la conséquence des recrutements importants en « chargés de mission » et autres collaborateurs politiques ? Car en ce domaine, la générosité est grande.

Le journal Libération du 9 décembre 2014 s’y est d’ailleurs penché et évoque des bureaux occupés par des gens, parfois employés ailleurs,  dont personne ne sait vraiment ce qu’ils font là ni pour quoi ils sont là… Le sommet de la pyramide de l’administration municipale a même été sacrément élargi (quasi doublement des effectifs) depuis l’arrivée de la nouvelle équipe, et le journaliste de Libération s’amuse de constater que le maire lui-même est incapable d’en faire correctement la liste quand on l’interroge à ce propos !

Interpellé sur ces dépenses lors du Conseil municipal de novembre, le maire a tenté de faire porter l’essentiel des responsabilités à son prédécesseur, qui aurait volontairement sous-estimé de nombreuses dépenses de personnel lors de l’élaboration du budget prévisionnel pour pouvoir faire voter un budget « présentable » à quelques semaines des élections.

Si l’édile n’a peut-être pas totalement tort de pointer que la « générosité » de l’équipe précédente n’aurait pas été intégralement prise en compte dans le projet de budget, il ne peut pas non plus se dédouaner de ses propres choix budgétaires depuis qu’il est arrivé aux commandes. D’ailleurs, on lui rappellera les propos qu’il a tenus dans sa première interview en tant que maire, lorsqu’il affirmait clairement dans le journal municipal  « Tous Montreuil » en avril 2014, que les finances de la ville laissées par Dominique Voynet étaient « saines »…

Alors dans cette affaire de chiffres et d’argent public, qui dit vrai ? Le Patrice Bessac de décembre 2014 (le budget laissé par l’équipe précédente serait insincère) ou le Patrice Bessac d’avril 2014 (les finances sont saines) ? Ou alors, est-ce l’ancien maire-adjoint (EELV) aux finances de Dominique Voynet qui, sur sa page Facebook, analysait les débats budgétaires sans détour…

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Ce qui est certain, c’est que malgré toutes ces dépenses nouvelles depuis quelques mois, les Montreuillois peinent à voir de réels changements avec l’équipe précédente… « Mais on y veille ! » fanfaronnait à ce propos la maire-adjointe (EELV) aux transports sur Twitter.

Les élus d’Elire Montreuil ont en tous les cas voté contre cette délibération qui semblait être à l’opposé d’une gestion rigoureuse des finances de la ville de Montreuil…

Un commentaire

  1. NGUILO 13 décembre 2014 Répondre

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