Les coulisses du conseil municipal à huis-clos

IMG_8404

Le 15 juin dernier, Patrice Bessac a décidé de tenir le conseil municipal à huis clos. Plus de 200 agents étaient en effet venus protester contre 3 délibérations inscrites à l’ordre du jour parce qu’elles venaient s’attaquer à leurs acquis sociaux à savoir :

  • La suppression d’une prime spéciale d’installation pour les futurs titulaires de la fonction publique,
  • La suppression d’un congé pré-retraite de 1 à 3 mois selon l’ancienneté des agents à la ville de Montreuil,
  • La baisse de la subvention accordée au Comité des œuvres sociales.

Dans une ville où plusieurs centaines d’agents municipaux gagnent moins de 1000€ par mois, ces mesures ont eu du mal à être acceptées. Alors forcément, ils sont quelques-uns à tousser lorsque le maire vient leur dire qu’ils doivent faire des efforts, quand lui-même ne donne pas l’impression d’en faire…

Derrière le combat des agents, la défense du service public

Patrice Bessac et son équipe misent sur le fait que la révolte des agents n’intéressera pas les Montreuillois.

Il est vrai qu’il n’est pas facile pour eux de sensibiliser les habitants sur la dégradation de leurs conditions de travail de ces derniers mois. Et pourtant elles sont bien réelles : management par la peur, alertes déposées par le CHSCT dans de nombreux services administratifs (y compris à la direction des Finances !), menaces, pressions, mises au placard… beaucoup d’agents sont à bout.

Derrière la dégradation des conditions de travail de ces agents, c’est la dégradation du service public qui est dénoncée.

Quand les agents municipaux dénoncent les non-remplacements ou les contrats non-renouvelés dans les crèches et dans les centres de loisirs, c’est le quotidien de milliers de familles montreuilloises qui est touché.

La grogne qui monte chez les parents Montreuillois en est une illustration. Qui peut assurer sans sourciller aujourd’hui que les conditions de sécurité sont parfaitement garanties pendant les temps de cantine, de goûter, dans les centres de loisirs ?

La dégradation du cadre de vie (espace public sale, voiries défoncées, espaces verts abandonnés à certains endroits…), la promesse non tenue sur le renforcement des effectifs de la police municipale, tout cela, c’est le résultat de choix budgétaires que la municipalité doit assumer devant les habitants : quand on divise par 4 certains budgets d’intervention, il ne faut pas s’attendre à des miracles !

Lors du conseil municipal du 1er juin (qui n’avait déjà pas pu se tenir…), nous avions constaté que les parents d’élèves de la FCPE avaient décidé de soutenir publiquement les revendications des agents communaux. C’était la première fois depuis très longtemps qu’une telle jonction des revendications n’avait pas eu lieu.  Dans leur adresse au maire, les parents d’élèves pointaient avec justesse la dégradation flagrante des conditions d’accueil des élèves montreuillois et la liaient aussi aux conditions de travail dans l’administration communale.

Patrice Bessac a donc tort de penser que le combat des agents municipaux ne concerne qu’un microcosme.

La baisse des ressources pour justifier l’injustifiable ?

Les agents municipaux ne vivent pas sur une autre planète et sont conscients des économies que notre ville doit réaliser.

Mais voilà : placés au cœur du réacteur, ils voient – mieux que d’autres – les dépenses qui sont validées chaque jour par cette équipe municipale.

Depuis plusieurs mois, de nombreux tracts intersyndicaux alertent sur les dépenses de communication, sur les embauches à prix d’or de collaborateurs proches du pouvoir, sur les recours excessifs aux consultants et autres bureaux d’études, sur les dépenses ahurissantes et farfelues comme ces pieds d’arbres bétonnés pour 650.000 € !

Ces agents ont bien vu que la baisse de 5% des indemnités des élus décidée récemment (voir notre article), masquait une autre réalité : l’augmentation de 50% de ces mêmes indemnités en début de mandat par rapport à l’équipe Voynet à la même époque.

Ils ont vu aussi la création d’une enveloppe annuelle de 200.000 € pour rémunérer des « collaborateurs politiques » dont on peut s’interroger sur leur utilité concrète pour le quotidien des Montreuillois.

Enfin, ils voient bien que derrière la farce de la campagne de communication « L’Etat nous doit 12,5 millions d’euros » (devenus 25 millions ces derniers jours !), l’arrêté des comptes de la ville pour 2015 montre une toute autre réalité avec une croissance des recettes de plus de 12 millions d’euros pour la ville l’année dernière.

Ils voient aussi les décisions récentes de la municipalité qui, si elle n’a pour l’instant pas augmenté les impôts, ne s’est pas privée d’augmenter fortement les tarifs d’accès au service public : de la cantine au stationnement…

C’est peut-être d’ailleurs l’une des raisons qui a poussé Patrice Bessac à tenir tout son conseil municipal à huis clos. Ne pas avoir à devoir se justifier sur ces recettes supplémentaires qui viennent complètement contredire son discours, voilà une commodité qui a pu séduire le maire, au risque de voir sa décision entachée d’illégalité. Nous y reviendrons !

Laissez un commentaire