Conseil de quartier cherche habitants (encore un peu) motivés

icono-débat2Une contribution de Jean-Marc Gerbeau (Membre d’Elire Montreuil, Quartier Ruffins-Théophile Sueur) | Le 2 avril dernier, notre Conseil de Quartier a reçu un courrier (daté du 30 mars),  cosigné par le Maire de Montreuil et son adjointe à la démocratie, nous invitant à participer le 8 avril à une réunion sur le « budget participatif », pour « réinventer le lien entre habitants élus et Services ».

On ne chipotera pas sur les délais, très courts, laissés aux citoyens pour réorganiser leur agenda.

Participer à la démocratie locale serait-il un métier à temps plein ?

Après avoir rappelé que les « grands principes du budget participatif » avaient été posés (…), ce courrier nous précise la séquence conduisant au choix des projets éligibles à ce budget.

La première phase, dite de « recueil des propositions »,  se déroulerait sur un mois et serait « accompagnée d’une période de mobilisation et d’accompagnement à la formalisation par des ateliers de proximité et des arpentages dans les quartiers ».

Après lecture du Larousse, j’ai compris que « l’accompagnement à la formalisation » consistait à nous aider à « réduire nos connaissances à des structures formelles » ! Ce travail serait réalisé dans des « ateliers de proximité » dont on peut supposer que leur adresse nous sera communiquée sous peu…

Enfin suivrait une période d’étude de faisabilité qui établirait une liste de « projets recevables », qui serait soumise, au final, aux votes des habitants.

Tout ce processus étant réalisé par internet, du dépôt des projets au vote final.

Il nous est précisé que la municipalité vise ainsi une forte participation citoyenne… via la Coordination des Conseils de Quartier et des « corps constitués » de la Ville ! Ce que nos élus qualifient de « mode de participation innovant et structurant ».

Il nous est donc maintenant demandé d’« élaborer collectivement les critères de recevabilité complémentaires pour permettre aux porteurs de projets de bien définir leur proposition ».

Au-delà de ce verbiage techno-méprisant, ce courrier contient un certain nombre d’implications pour la vie locale sur lesquels il convient de s’arrêter. Recueillir les projets et voter sur des projets par Internet semble à première vue moderne et séduisant, une forme aboutie et innovante de démocratie directe.

Sauf que l’on peut lui opposer un certain nombre de réserves :

  • Tout le monde pourra y aller de son projet dans son coin. Est-ce là un signal positif envoyé aux habitants qui prennent la peine de travailler au sein des Conseils de Quartier, ou des « corps constitués », et dont la parole collective se trouvera concurrencée par des propositions individuelles qui n’auront donné lieu à aucun débat, ni à aucune recherche de consensus ?
  • Il serait évidemment plus pertinent de s’appuyer sur ce projet de budget participatif pour impliquer plus d’habitants dans les Conseils de Quartier.
  • Le choix retenu par la municipalité va à l’encontre de tous les principes qui avaient été posés jusqu’ici autour d’une démocratie participative respectueuse de l’implication des habitants. Il est vrai que, de tout temps, les élus ont eu des difficultés à accepter ces formes d’expression en dépit d’un discours de façade tonitruant. Cette équipe ne fait donc pas opposition à la règle !
  • Le processus proposé montre une volonté de verrouiller au final l’initiative habitante en l’encadrant et en la filtrant, en la diluant de manière abusive. Les instances d’ « accompagnement à la formalisation » seront en position d’orienter les projets et pourront seules leur donner leur label de « recevabilité ».  Il suffira d’une communication bien ciblée pour orienter les choix et faire passer certains projets. La reprise en main par le cabinet du Maire des moyens de communication de la Ville, qui n’avaient pourtant pas été, par le passé des espaces critiques, n’est pas faite pour rassurer (voir l’intervention d’Alexandre Tuaillon à ce propos).
  • L’étape technique de la validation de la « faisabilité » pourra toujours servir de couperet soi-disant « objectif » aux projets qui ne plairont pas.
  • Enfin, laisser penser que le vote Internet serait le véritable reflet des besoins réels des habitants relève d’un opportunisme qui fait fi de la fracture numérique réelle qui existe dans la population, y compris montreuilloise.

Aujourd’hui il s’agit d’ « associer » les citoyens à la réflexion via la Coordination des Conseils de quartier et des « corps constitués ». Pourtant les grands principes sont déjà arrêtés, puisqu’il nous est seulement demandé de réfléchir aux « critères complémentaires de   recevabilité ». Signe que  » la messe est bien dite  » !

Une nouvelle fois les élus ont ficelé un projet sans co-élaboration, quitte comme par le passé, à passer un mauvais moment en réunion avec les habitants prêts à s’opposer (ils savent que beaucoup d’entre eux préféreront au final ignorer leurs critiques au profit de la raison des partis).

Au bout du compte, ils feront comme bien (mal) leur semble…Les apparences seront sauvées par l’apposition d’un trompeur label de concertation. La communication bien léchée dans un journal municipal aux ordres fera le reste !

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