Budget participe-hâtif ou « Star’Ac à projets » de Montreuil ?

icono-dossierDepuis quelques mois, la ville s’est lancée dans une démarche de budget participatif. Derrière la bonne intention se cache surtout une opération de communication où des dépenses habituellement financées dans le cadre de programmation d’investissement sont désormais attribuées faussement à la volonté des citoyens. Réparer un trottoir, remplacer un lampadaire, installer des jeux pour enfants dans le square ? Tout cela ne relèverait-il pas de l’action minipale qu’on est en droit d’attendre d’une municipalité au travail ? Si, bien évidemment. Mais à Montreuil, on fait passer ça pour un acte démocratique. On rêve…. Jean-Marc Gerbeau, membre d’Elire Montreuil et habitant du quartier des Ruffins revient sur la grand-messe organisée début novembre pour présenter les projets pré-sélectionnés…

Samedi 7 Novembre 2015, la Ville mobilisait une nouvelle fois ses meilleurs communicants autour de la grande cérémonie de présentation des « projets participatifs » retenus par les services de la Ville.

145 « projets » retenus pour les six grands secteurs. Avec des disparités très fortes. Très étonnamment les quartiers de Bas Montreuil ont eu la fibre la plus créatrice ! Plus de 35 projets pour le quartier République et, en moyenne, une bonne créativité sur l’ensemble du Bas et également sur le secteur Boissière Ramenas, Branly avec une sélection d’une trentaine de projets.
La cuillère de bois – et la encore quel étonnement – revenant au secteur 6 – Montreau Ruffins, Le Morillon avec seulement 11 projets retenus. Manque d’enthousiasme lié au beau temps sans aucun doute !

Un comité d’accueil conséquent avait été prévu pour canaliser les « porteurs de projets » qui avaient été sélectionnés afin que ces dernier puissent en faire la présentation aux foules qui se seraient mobilisées en masse en la circonstance en ce beau samedi de novembre. Mobilisés aussi les services de la ville et les élus de quartier venus « soutenir » les champions de leur quartier (ou secteur). Moins mobilisés peut être, les habitants et même … les porteurs de projets puisqu’un sur deux ne s’est pas manifesté ! Au total une toute petite centaine d’habitants ?

Pourtant cela ne devait pas décourager les animateurs de la réunion qui avaient bien l’intention de savourer le moment et d’en faire un des événements majeurs de la mandature.

Après les traditionnels discours d’accueil, de félicitation et de congratulation de notre Maire et de son adjointe à la « Démocratie hâtive », un maître de cérémonie -le « Nicos » local – nous expliquait comment allait se dérouler le concours. Les « porteurs » de projet devant réaliser un « speed dating » de présentation de leurs idées aux habitants rassemblés autour de tables aux couleurs de leur secteur disposées en cercle ! Mais attention ; 5 minutes par projet, pas plus ! Un « buzzer » retentissant pour indiquer – gomettes à l’appui – quand passer au projet suivant !

Toutes les 25 minutes un « Jingle » retentirait et là : les « porteurs » portant un numéro pair devaient aller vers la table suivante dans le sens des aiguilles d’une montre, les autres, les pairs (et l’animateur a bien insisté, ceux dont les numéros se terminent par ,2 4, 6, 8 ou 0!) devant tourner dans le sens anti-horaire !

Dans notre secteur nous avons eu un sérieux problème pour déterminer ce qui se passerait vu que nous n’occupions … qu’une table et demi… et que seuls 5 porteurs de projets sur 11 étaient présents ! Le débat s’anima sur la pertinence de tourner en parité ou en imparité en la circonstance !? D’autant que 5 projets faisant 25 minutes…

Conscient que nous étions un cas particulier, nous décidâmes de nous réunir autour d’une seule table en nous serrant un peu ! Tout ceci n’a pas eu l’heur de plaire à la production qui tenta à toute force, mais sans succès, de nous imposer sa règle de bonne conduite. Rien n’y fit. Rebelles nous étions, rebelles nous restions !

Pire, nous en vînmes à mettre en question la pertinence d’opposer tous ces projets là où il nous semblait plus utile de les agréger ! Pourtant, personne chez nos élus ne semblait y avoir pensé ! Pourquoi un projet de barbecue ne saurait-il pas cohabiter avec un rucher ou un poulailler dans le cadre de réaménagement d’un espace public plutôt que chacun et de manière individuelle dans son petit coin ?

Non, ce n’était pas prévu ! Il fallait en rester au concours, pour pouvoir impérativement dépenser les 5% du budget d’investissement de la ville sur des projets individuels décidés « démocratiquement » pour le bien de tous par un vote sur internet !

Car nous touchons là une nouvelle fois à la limite de cette démarche que nous avions déjà relevé (dénoncé?). Le projet individuel est-il soluble dans le bien commun ?

A ce stade il nous aurait semblé plus utile et plus pertinent de marquer une pause, de réunir les projets non pas dans un esprit de compétition mais de concertation avec les habitants des différents secteurs afin d’en tirer le meilleur parti pour le bien commun.

Mais j’ai bien peur que la ville n’ait choisi d’aller au bout de cette pâle imitation des jeux de « télé réalité » ! Qui est le top chef ; le meilleur chanteur, le meilleur danseur, et ici le meilleur projet ?

A quand le concours du meilleurs élu ? Et si l’on organisait ce concours… Pour rire !

PS : Le Parisien du 27 novembre nous apprend que la ville accorde généreusement un peu de rab (jusqu’au 29/11) pour voter. Pour des raison « nobles » évidemment. Mais absolument pas parce que la participation est plus que molle (561 votants sur toute la ville au 19 novembre, c’est maigre…)

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