Le budget participatif de Montreuil : bye-bye le collectif ?

icono-débat2Ces derniers jours, la ville a mis le paquet en communication sur le lancement du budget participatif : diffusion d’une lettre-invitation dans toutes les boîtes aux lettres de la ville, affiches grand et moyen format sur tous les panneaux municipaux, dossier spécial dans le journal municipal, alertes internet… impossible de passer à côté !

Lundi 18 mai s’est tenue une réunion publique en mairie pour présenter le projet. Il y a avait du monde c’est vrai, dont beaucoup « d’habitués » de ce type de réunion, et pas mal de militants politiques (on les reconnait parce qu’ils commencent toujours leurs interventions par une référence laudatrice pour le nouveau maire et un tacle à l’équipe précédente : « avec vous Monsieur le maire ça change enfin », « depuis que vous êtes élu Monsieur le Maire on sent la fracture haut/bas se réduire »…). Au-delà de l’anecdote, que retenir de tout ce pataquès politico-médiatique local ?

1- Un « budget » participatif ?

A priori, instaurer un budget participatif est plutôt une démarche à saluer.

Mais il ne faut pas non plus se payer de mots. Ici, les citoyens ne sont pas impliqués dans la construction du budget, ils n’ont pas leur mot à dire sur les recettes et les dépenses de fonctionnement.

Les Montreuillois pourront au final utiliser 5% de l’argent normalement consacré à l’investissement dans le budget de la ville. Sans oublier qu’il y aura un filtre « technique » et politique qui décidera de la faisabilité des projets avant de le soumettre à l’arbitrage des Montreuillois…On est quand même un peu éloigné de Porto Alegre !

En vérité, cela ressemblera plus à une Star Academy de la « dépense contingentée » : votez pour les projets que nous aurons décidé de vous soumettre…

2- Une démarche « participe-hâtive »

budget-participatif-montreuilIl faut admettre que la mise en place d’un vrai budget participatif est une démarche complexe, longue, ardue. Il y a eu pas mal d’erreurs, de déceptions, de couacs, d’incompréhensions dans de nombreuses collectivités qui ont tenté l’expérience un peu partout dans le monde.

C’est pour cela que l’échange nous semble toujours être un préalable indispensable. Un budget participatif, demande en premier lieu un débat réellement participatif qui prenne le temps, favorise l’écoute, et soit clair avec les participants.

Or, ici, ce n’est pas l’état d’esprit qui a présidé à la construction du projet.

On aurait aimé que des réunions publiques soient organisées pour co-construire le projet participatif avec les habitants, plutôt que de leur imposer un cadre généreusement octroyé par le pouvoir en place. Des idées pour la conception, la définition du champ d’application et des processus de sélection auraient peut-être pu être discutées, mais surtout l’exigence de transparence des critères aurait été certainement mieux définie pour s’assurer qu’on n’écartera pas tel ou tel projet au motif de pseudo impossibilité technique.

Il faudra une nouvelle fois se contenter de ce que les élus ont décidé de consentir en terme d’abandon de pouvoir de décision…c’est-à-dire pas grand-chose !

3- Finalement, quels investissements seront financés ?

C’est « LA » grande question pour laquelle il n’y a pas d’autre réponse que « on verra les projets au fur et à mesure ».

Prenons l’exemple d’un habitant qui va proposer de rénover les jeux du square de son quartier. Le projet suscitera à coup sûr une forte adhésion.

Mais il y a des chances qu’une partie importante de ces dépenses aient figuré de toute façon dans le budget d’investissement de la mairie. Ce qui jusqu’à présent aurait été inclus dans la programmation générale des investissements de la ville sera désormais revêtu du sceau de « budget participatif ». En termes de com’, ça fait bien. Mais pour ce qui est de la véracité démocratique, c’est déjà moins vrai…

 Bref, on est dans la démarche à somme nulle et à besoins constants et au final, tout ça ressemble un peu à un jeu de bonneteau !

 N’écartons pas non plus les fameux « filtres » techniques et politiques (voir le billet de Jean-Marc Gerbeau à ce propos) de pré-sélection des projets habitants, qui peuvent servir à écarter bien des projets…

4- L’individu et le collectif 

Enfin, il est triste de constater qu’une municipalité de gauche s’appuie sur les principes de la démocratie participative pour se reposer à l’arrivée sur des dynamiques individuelles.

Dans le cadre du budget participatif, les conseils de quartier ont été totalement mis à l’écart. C’est quand même le paradoxe de cette histoire. Les conseils de quartier (aussi imparfaits soient-ils dans leur composition…) sont un embryon intéressant sur lequel il faut s’échiner à bâtir une véritable  démocratie participative. Or, que fait la municipalité ? Elle les exclut du processus. Tout juste se voient-ils accordé une mission supplétive : « un rôle d’information et d’accompagnement des citoyens ».

Certains conseils de quartier sont parvenus à être des lieux où se « fabrique » du politique, du consensus, du collectif. Certains ont déjà mené des projets intéressants, notamment dans le cadre des enveloppes participatives de quartier.

Comment fera-t-on encore vivre les conseils de quartier quand, demain, il suffira de rester chez soi et de se connecter derrière un ordinateur pour soumettre un projet que d’autres internautes valideront ou rejetteront en un clic ?

* * *

La vraie question qui demeure, derrière les apparences de la com’ organisée autour du pseudo budget participatif, c’est : où est le collectif dans tout ça ? Les premières réponses apportées par la description du processus ne poussent guère à croire qu’il en sortira renforcé.

Enfin, n’oublions pas que tout budget participatif (quel que soit son degré de maturité) est d’abord un outil qui ne peut se substituer à la démocratie participative. L’un ne va pas sans l’autre, et le premier ne peut se substituer à l’autre. Or de ce point de vue, on attend encore des gestes forts dans la conduite des affaires de la démocratie locale par Patrice Bessac…

2 Commentaires

  1. Anonyme 1 juin 2015 Répondre

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